Une planète dans la tête de Sally Gardner

Publié le par Lyrah

Une planète dans la tête de Sally Gardner

Sally Gardner, Une planète dans la tête

Je me demande si…
Si le ballon de foot n’était pas passé par dessus le mur.
Si Hector n’était pas allé le chercher.
S’il n’avait pas gardé l’abominable secret pour lui.
Si…
Alors, je me raconterais sans doute une autre histoire.
Voyez-vous, les "si" sont comme les étoiles, innombrables.

Standish vit avec son grand-père dans la "zone 7", celle des impurs, privés de tout, surveillés en permanence... Dyslexique, il subit à l'école brimades et humiliations jusqu'au jour où il se lie d'amitié avec son nouveau voisin, Hector. Ensemble ils rêvent de s'évader sur Juniper, la planète qu'ils ont inventée. Mais Hector et ses parents disparaissent sans laisser de trace... Ont-ils été supprimés?

Le récit coup de poing d'un jeune garçon atypique face au totalitarisme.
Un héros inoubliable,
un roman bouleversant.

Date de sortie : 26 septembre 2013

Prix : 14,90 euros

Site de Gallimard Jeunesse

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Chronique :

Quel est donc ce roman étrange que j’ai reçu par les éditions Gallimard Jeunesse ? Les épreuves non corrigées ont une couverture en noir et blanc mais déjà, je me pose des questions sur celle-ci et sur ce qu’elle dissimule. Après une lecture de la quatrième de couverture qui intensifie ma curiosité, je découvre que ce roman de Sally Gardner (auteure que je ne connaissais pas) a remporté deux prestigieux prix littéraires.

Une planète dans la tête est un livre engagé qui traite d’une période politique sombre et controversée faisant écho à l’une des nôtres, le tout mêlé d’une poésie lumineuse et enivrante. L’Histoire/l’histoire est savamment remaniée et rappelle le régime totalitaire de l’Union Soviétique associé à d’autres politiques cruelles où les personnes normales peuvent choisir de se relever et de s’insurger contre ce pouvoir extrême et injuste.

Le lecteur découvre des personnages puissants dans un monde dangereusement étouffant en suivant un étrange garçon a l’imagination extraordinairement vivante. Standish, le narateur, âgé de 15 ans, démontre pourtant une pensée enfantine. Il vit dans un monde sombre, a conscience des horreurs sans pour autant voir de façon crue ce qui l’entoure. Son imagination salvatrice le poursuivra jusqu’à l’accomplissement de son être. Malgré sa maladie et ses yeux vairons (qui le différencient d’autant plus), il possède un vocabulaire très étendu, une vision de ce qui l’entoure bien plus élaborée que tous les autres personnages mais limitée par rapport à son âge « Standish qui ne voit même pas les bancs mais remarque que, là où il devrait y avoir de la merde de chien, il n’y en a pas » p10. Le vocabulaire se montre quelque peu grossier, ce qui semble s’imposer par le fait que le héros est dyslexique, qu’il ne sait ni lire ni écrire ce qui rend logique un récit oral typiquement personnel et vivant. Sa dyslexie apporte de l’humour à travers ce vocabulaire déformé mais aussi par certaines réflexions et des actes incongrus.

Vivant avec son grand-père, l’arrivée d’Hector Lush (avec qui une relation particulière s’installe rapidement) et de ses parents apporte une autre saveur à son monde gouverné par la pauvreté, les moqueries et les disparitions. Au final, on en apprend peu sur ses autres protagonistes, dont l’importance varie. L’intrigue s’installe alors : qu’est-il arrivé aux parents de Standish ? Aux Lush ? Pourquoi s’évaporent-ils dans des trous qui les engouffrent sans élément annonciateur ?

La chronologie n’est pas linéaire, rendant la compréhension de l’histoire difficile. Les flashbacks entrent alors en jeu et nous informent du passé. Déconcertants, ils deviennent vite nécessaires. L’attente de ce retour dans les souvenirs de Standish s’intensifie à mesure que l’on cherche à en apprendre plus sur lui et son entourage, sur son monde.

Il y a un temps pour percevoir ce qui l’entoure d’un nouvel œil, grâce aux événements marquants qui surviennent, et un temps d’action, où le cœur battant, le lecteur suit ce jeune garçon sur les traces de sa destinée. Un tournant dans le livre arrive et tout se précipite. Il est alors plus aisé de saisir les fils qui constituent la trame du roman. Tout est lié et abouti à ce tournant. Le récit fait des allers-retours dans le temps, dans les souvenirs, dans ces relations et sentiments qui expliquent les actes, les non-dits.

La fin est incroyable, je ne vous révèlerai rien de plus sauf que c’est une fin qui laisse sur sa fin, qui est inattendue tout en étant dans la lignée directe du récit. Je n’en voyais pas d’autre. La violence du roman, pourtant jeunesse, introduit de plein fouet la violence de la vie. Seules la magie de l’imagination et la croyance en ses rêves sont une solution possible à cette violence.

Le livre est trop court tout comme les chapitres qui font rarement plus de une ou deux pages, ce que je trouve entraînant. L’histoire inexplorée ainsi qu’une sensation de survole restent mais la force du récit, de ses personnages marque. Ce n’est pas parce que l’histoire n’est pas énormément développée qu’elle ne touche pas pour autant. Je suis pour une littérature qui laisse place à l’imagination et qui s’imprègne plutôt qu’elle ne soit qu’une succession de mots explicatifs. Cependant, le côté flou qui apporte un air mystérieux, perturbe mais pour chaque lecture, tout dépend du lecteur et des connaissances qu’il peut associer ou non au roman, à sa perception et à son système de réflexion.

Un grand merci aux éditions Gallimard Jeunesse de me faire découvrir leurs romans. Cette deuxième lecture ne me déçoit pas et je la recommande fortement aux jeunes tout comme aux adultes.

Note : 4,5/5

Publié dans Chroniques

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